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Qualité de vie au travail - égalité professionnelle : quels effets de l’ANI de 2013 ?

Publié le par dans Risques professionnels.

L’accord national interprofessionnel du 19 juin 2013 « vers une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle » était conclu pour une durée de 3 ans. Il ne produit donc plus d’effet aujourd’hui. Pour autant, l’ANACT a souhaité connaître ses effets et vient de publier un rapport. Julien Pelletier, responsable animation scientifique à l’ANACT, nous apporte son éclairage.

Pourquoi l’ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) a-t-elle souhaité émettre ce rapport ? Et pourquoi maintenant ?

Cinq ans nous a paru un délai raisonnable avant d’évaluer les effets d’un tel accord : il faut en effet considérer l’intégration de certains aspects de l’accord dans la loi (comme la possibilité d’avoir un accord unique regroupant divers sujets), l’appropriation par les branches et les entreprises de cet accord, puis les phases de concertation et négociation dans les entreprises, enfin la mise en œuvre des accords. Tout ce processus prend un certain temps.

« Qualité de vie au travail » : que recouvre cette notion ? Quels changements depuis l’ANI de 2013 ?

La notion renvoie pour l’ANACT à la question du travail : son contenu, son organisation et ses effets sur la santé, l’efficience productive et l’évolution professionnelle.

Pour les négociateurs de l’ANI, elle renvoie en particulier aux enjeux de santé, d’égalité professionnelle et d’organisation du travail.

Ces deux points de vue convergent fortement.

Vous avez réalisé une analyse des effets de l’ANI à partir d’une étude de 100 accords QVT-égalité professionnelle : conclusions ?

Les entreprises ont progressé sur les questions « sociétales » comme l’égalité professionnelle, la conciliation des temps, le handicap, la diversité.

Sur les questions de santé, c’est plus incertain, du moins les accords QVT en traitent peu. Peut-être parce qu’elles sont abordées via l’approche réglementaire (document unique, etc.) et les CHSCT plutôt que par la négociation.

Sur les questions d’organisation et de changement technologiques, il reste encore du chemin à faire. On reste encore trop souvent dans le cadre d’une approche descendante, peu participative, qui prend peu en compte l’expertise des salariés pour nourrir les projets de transformations et anticiper ses effets.

Les acteurs concernés font-ils le lien entre organisation, santé et performance ?

La plupart des accords montrent que non, malheureusement. On reste encore dans le cadre d’une approche cloisonnée de ces questions. Ce qui affaiblit la valeur ou la portée des accords au plan de la performance économique et des conditions de travail.

L’une des questions posées dans le rapport est la suivante : pourra-t-on réellement faire évoluer les pratiques managériales si les plans d’action et accords (QVT) se focalisent sur les nouvelles missions des manageurs de proximité sans revoir les systèmes de management global (reporting, objectifs contradictoires, accent sur la gestion au détriment du travail, poids des concepteurs, etc.) ?

En effet, on met trop souvent l’accent sur les compétences relationnelles du manager de proximité (écoute, bienveillance, soutien, clarté, etc.) sans considérer que les causes des problèmes de santé, d’inefficience productive ou de non qualité ont surtout à voir avec l’organisation du travail et pas seulement le « style de management ».

Et pour finir, si vous deviez conseiller quelques facteurs-clés de succès ?

50 % des salariés ont vécu durant les 12 derniers mois une réorganisation ou un changement de poste imposé. Les changements d’organisation ont des effets sur le stress, la qualité d’engagement, etc. : ces changements-là doivent être pilotés. Les salariés doivent pouvoir évaluer les effets du changement. Comment ? Par une phase pilote à mettre en place avec des salariés qui testent la nouvelle organisation et ses effets sur la santé, les compétences, l’efficacité... Le projet de transformation est évalué et se nourrit par cette phase d’expérimentation.

Les projets d’aujourd’hui font la qualité de vie au travail de demain !

Les Editions TISSOT remercient Julien Pelletier et l’ANACT pour leur aimable contribution.


Un cap à tenir : Analyse de la dynamique de l’Accord national interprofessionnel Qualité de vie au travail - Egalité professionnelle du 19 juin 2013