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Les risques psycho-sociaux : des risques comme les autres ?

Publié le par dans Risques psychosociaux.

Est-ce que les risques psycho-sociaux sont des risques comme les autres ? Peut-on les évaluer et les prévenir avec des méthodes analogues à celles utilisées pour les risques physiques, chimiques ou biologiques ? Aborder les risques psycho-sociaux (RPS) met souvent le préventeur généraliste dans l’embarras. Ce sont des risques difficilement mesurables et quantifiables, laissant beaucoup de place à la subjectivité.

La définition du stress chronique renvoie d’ailleurs à l’individualisation du risque et de ses conséquences sur la santé.

Le stress survient lorsqu’il y a pour un individu un déséquilibre dans sa perception des contraintes qu’il vit et des ressources dont il dispose pour y faire face. L’état de stress chronique génère des émotions pénibles, peur, tristesse, colère qui par le jeu de sécrétions de neuromédiateurs et d’hormones faciliteront l’apparition de pathologies psychiques comme l’anxiété, la dépression ou somatiques comme les maux de tête, les troubles digestifs, articulaires.

La tentation est donc grande de rester à distance de ces questions et de les confier à des « experts », psychologues, médecins qui sont habitués dans leur pratique à la relation individuelle.

A l’inverse on peut aborder les RPS en fixant son attention sur les contraintes qui sont liées à l’organisation du travail et qui toucheront l’ensemble des individus.

Finalement en termes de prévention on pourrait conclure que l’on retrouve à travers ces deux approches, les schémas classiques de prévention individuelle et de prévention collective. Comme pour les autres types de risques, ces deux modes de prévention doivent se compléter et non s’opposer.


L’individu

Nous ne sommes pas égaux devant les conséquences d’une exposition à un danger. Notre patrimoine génétique, notre système immunitaire peuvent nous rendre plus ou moins sensible ou résistant à un microorganisme ou à un produit cancérogène.

Pour une même situation de contraintes psychologiques, les réactions seront différentes selon la personnalité des individus. D’autres facteurs personnels médicaux ou sociaux auront également une influence.

Nous ne sommes pas des clones et il faut plutôt se réjouir de cette diversité. S’il est utile de garder en mémoire que les facteurs individuels existent, il n’appartient pas à une collectivité ou une entreprise de les rechercher ou de les « gérer » et ce pour de multiples raisons, qu’elles soient scientifiques, éthiques ou légales.


Les contraintes liées au travail et à son organisation

C’est bien là le champ de responsabilité de l’entreprise dans l’évaluation et la prévention des risques.

Pour les RPS, plus les contraintes sont nombreuses, plus elles sont fortes, plus le nombre de salariés concernés est élevé et plus la probabilité d’observer des troubles psychologiques ou psychosomatiques est élevée.

Sans vouloir être exhaustif ou vouloir proposer une méthodologie d’évaluation du risque on peut citer parmi les contraintes au poste de travail :

  • la faible autonomie et la faible latitude décisionnelle ;
  • la quantité et la complexité du travail ;
  • le peu de reconnaissance des efforts fournis ;
  • la crainte de perdre son emploi ;
  • le risque d’être soumis à des situations de violence ;
  • l’obligation de masquer ses émotions ou d’avoir un comportement en contradiction avec ce que l’on ressent ;
  • recevoir des consignes contradictoires ;
  • ne pas se sentir soutenu par sa hiérarchie ou ses collègues.

Vous pouvez également consulter le rapport présenté au Gouvernement en 2010 « Bien-être et efficacité au travail  », qui formule 10 propositions pour améliorer le bien-être et l’efficacité au travail.

Les facteurs de risque gardent un côté variable et subjectif en fonction des individus. L’évaluation sera d’autant plus solide qu’un grand nombre de salariés aura été entendu.

Il y a des facteurs plus observables liés à la vie de l’entreprise : fermeture d’ateliers, accident grave récent, modification technique, managériale ou commerciale importante, environnement physique de travail, etc.


La prévention

Comme pour les autres types de risque on peut la décliner sous les 3 thèmes de prévention primaire, secondaire ou tertiaire.

Prévention tertiaire

Traiter rapidement pour éviter l’aggravation des troubles et les séquelles.

Au niveau des individus, il s’agit de prendre en charge rapidement et efficacement les maladies liées au stress chronique, au stress post-traumatique, à du harcèlement, à une situation de violence. Pour cela il faut orienter les malades vers le service de santé au travail puis vers les structures de soins. Les pathologies en cause peuvent être une anxiété majeure, des symptômes dépressifs, des troubles musculo-squelettiques, une addiction.

Au niveau des organisations, il convient de gérer les crises pour en limiter les conséquences. Cela passe par l’établissement de procédures en prévoyant les moyens d’intervention et les aides extérieures à solliciter en cas d’événement grave dans l’entreprise : tentative de suicide sur les lieux du travail, accident majeur, acte de violence, de harcèlement.

Prévention secondaire

Dépister, accompagner.

Au niveau des individus, il est nécessaire de repérer les personnes en difficulté et leur proposer une aide avant qu’elles ne soient malades. Pour cela, il faut s’appuyer sur des personnes relais dans l’entreprise si possible formées à cette mission d’écoute, de soutien. Il peut s’agir de médecins, infirmières, assistantes sociales, préventeurs, membres du CHSCT, référents des Ressources Humaines. On peut aussi proposer des formations à la gestion individuelle du stress ou au développement personnel.

Au niveau des organisations, la démarche consiste à mettre en place des indicateurs rétrospectifs comme l’accidentologie, l’absentéisme, le turn-over. Tenir compte des alertes venant du service de santé, du CHSCT, des préventeurs. Savoir dépister les contraintes, les facteurs de stress aux postes de travail, éventuellement mettre en place un observatoire du stress.

Prévention primaire

Réduire ou éviter les contraintes.

Etablir un plan d’action à partir des indicateurs, des résultats d’une évaluation des risques, des travaux d’un groupe pluridisciplinaire interhiérarchique, des conclusions d’un observatoire du stress. Préparer les changements, les mutations en s’appuyant sur les connaissances ou l’expérience acquises, en associant tous les acteurs dès le début du projet.

Pour les RPS comme pour les autres types de risques on peut donc avec des méthodes similaires progresser dans nos connaissances et nos moyens de prévention.

La notion de bien-être au travail reste un idéal encore théorique mais pas à pas, on peut tracer le chemin qui y mène.

Pour retrouver les règles existantes, notamment en matière de prévention du stress au travail, consultez l’ouvrage « Pratique de la santé sécurité au travail » des Editions Tissot.

Docteur Christian GUENZI
Médecin du travail