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Les freins à la prévention des risques psychosociaux

Publié le par dans Risques psychosociaux.

Mener une démarche de prévention des risques psychosociaux (RPS) au sein d’une organisation, qu’elle soit publique ou privée, n’est pas chose aisée. De nombreux éléments viennent en contradiction avec cette ambition et ralentissent son déploiement. L’un des premiers freins constitue les représentations associées au terme « Risques psychosociaux ».

Un concept valise

Derrière le terme risques psychosociaux se cachent de nombreuses représentations. Il fait partie de ceux qu’on pourrait qualifier de concept « valise ». En effet, si l’on interroge les acteurs principaux du monde de l’entreprise, très peu disposent d’une définition qui correspond à celle des grands organismes chargés d’étudier la question, comme l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) ou l’INRS. On retrouve dans leur discours un mélange entre causes, conséquences et expériences personnelles. Bénédicte Haubold, auteur de plusieurs livres sur les risques psychosociaux, parle même de « fourre-tout recouvrant un certain nombre de tensions humaines observables dans les organisations du travail ».

Une vision déterministe

On remarque encore une tendance à expliquer les RPS grâce à une logique d’attribution causale déterministe. Dans ce cas, les RPS deviennent le lot des  personnes faibles ou vivant une situation familiale et économique précaire. L’analyse ne porte alors pas sur les facteurs environnementaux. Cette vision de la santé au travail, qui mobilise des causes internes aux individus ou leur condition, pour expliquer un mal-être, n’est pas nouvelle. Dès le 19e siècle, Villermé expliquait la fatigue des ouvriers par leur tendance à consommer de l’alcool et leur mauvaise hygiène de vie.

Cependant, cette approche est en décalage avec celle qui se répand aujourd’hui, l’approche psychosociale. Cette dernière inspecte en premier lieu les facteurs organisationnels et se penche ensuite sur les caractéristiques individuelles si le premier niveau d’analyse n’a rien décelé.

Un terme qui fait encore peur

Les risques psychosociaux font encore peur. On ne sait pas comment les traiter et par quel bout les prendre. A l’annonce de la mise en place d’une démarche d’évaluation des RPS, nombreux sont les salariés et les managers à ne pas se sentir à l’aise. Certains salariés n’ont pas envie de parler de ce sujet, et certains managers redoutent une remise en question de leur façon de fonctionner. Ces démarches sont parfois perçues comme des intrusions au sein des secrets du collectif, et l’objectif n’est pas toujours compris. Pour les managers, il ne faudrait pas que la mise en place d’une démarche d’évaluation des risques psychosociaux soit perçue comme une exigence d’obtenir les mêmes résultats avec une variable en plus à contrôler : le moral de leurs équipes. La santé mentale ne se pilote pas d’une façon gestionnaire !

Il apparait donc nécessaire d’éclaircir au mieux ce que sont les risques psychosociaux et de délimiter leur périmètre. En les définissant, il est plus facile de se les approprier et plus facile d’éviter la peur qui en découle.

Un sujet qui n’est pas prioritaire

En dehors des représentations, il existe d’autres éléments qui ralentissent le déploiement d’une démarche de prévention. En effet, ce genre de démarche n’est souvent pas prioritaire par rapport au « business ». Elles sont perçues comme secondaires et les ressources allouées pour pouvoir les mener à bien sont souvent faibles. Il est alors fréquent de voir des services de santé manquant de personnel.

Des stratégies contradictoires

On peut aussi s’intéresser aux enjeux des acteurs du CHSCT pour comprendre comment une démarche de prévention peut être mise à mal. En effet, chaque partie met en place une stratégie avec des enjeux différents. Si cela semble inévitable, les conséquences sur le déploiement d’une démarche peuvent être importantes.

D’un côté, les élus CHSCT se doivent de défendre et légitimer leur mandat au sein de leur syndicat, avec pour objectif d’être réélu. Ils doivent également se positionner dans la lignée de la politique prônée par leur syndicat. Alors que de l’autre côté, le président du CHSCT joue aussi une stratégie qui intègre la politique de l’entreprise où les enjeux pour la progression de sa carrière sont conséquents. Cette confrontation de stratégies peut freiner la progression de la mise en place d’une démarche de prévention des risques psychosociaux et défavoriser la santé des salariés. Il est donc nécessaire de bien prendre en compte le jeu des acteurs pour pouvoir mener une politique de prévention efficace.

Au final, déployer une démarche de prévention des risques psychosociaux nécessite de travailler sur les représentations associés à ce terme, et le cas échéant, de remettre à niveau les acteurs de la prévention (CHSCT, direction, managers et salariés). Il est aussi nécessaire de s’interroger sur les stratégies de chacun pour comprendre comment lever les freins à la prévention des risques psychosociaux. Ce travail délicat, long et fastidieux est inévitable si l’on souhaite porter ce sujet et contribuer à l’amélioration du climat de l’entreprise.

Afin de vous aider à évaluer, prévenir et combattre les risques psychosociaux, téléchargez notre dossier de synthèse :

Et pour approfondir la question, les Editions Tissot vous conseillent leur documentation « Risques psychosociaux ».


Benjamin Chaillou
Psychologue social, chargé de prévention santé et risques psychosociaux