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La Gestalt : kécéksa ?

Publié le par dans animation

Depuis quelques années, beaucoup de consultants utilisent, lors de leurs interventions en entreprise, la Gestalt-théorie. Si expliciter cette approche semble aussi aisé que d’en prononcer correctement le nom, nous allons tenter ici de repérer les bénéfices qu’en tirent les organisations.

Gestalt : ce n’est pas un gros mot !

Le terme vient de l’allemand, et signifie « forme ». Le concept de départ est que dans nos vies d’enfant, des « formes » se sont créées, des situations sont restées bloquées, et nous conduisent à répéter des scénarios récurrents. Les revivre de façon virtuelle et les nommer aide à « boucler la boucle » et faire cesser ces scénarios.

Par exemple, une cliente assistante de direction dans le bâtiment était terrorisée par son patron lorsque celui-ci s’échauffait après une livraison en retard (et souvent après un repas un peu arrosé) et faisait « aigle quatre » selon son expression (en anglais « eagle fort », dites-le à voix haute, vous comprendrez). Elle restait figée, tétanisée pendant plusieurs heures, n’en dormait pas plusieurs nuits, alors qu’elle n’était pas directement concernée. Il lui arrivait même d’en tomber malade. La Gestalt lui a permis de conscientiser une association inconsciente avec la terreur que lui inspirait un beau-père dépendant à l’alcool et violent à l’âge de 5 ans, à l’époque où elle se terrait sous le grand bureau de ce dernier en attendant que ses crises s’apaisent, pour tenter d’échapper à ses cris et ses coups.

Mettre en scène cette « Gestalt inachevée », relatant l’histoire entourée de coussins, et en toute sécurité grâce au soutien du coach, lui a permis de « décoller » ces deux personnages et de demander ensuite à son patron, en utilisant la communication non violente (CNV) d’aller crier loin de son bureau lorsqu’il en avait besoin.

Mais c’est quoi, la Gestalt ?

Ce n’est ni une méthode, ni une technique, ni un conditionnement (behaviourisme).
C’est une approche holistique (globale) utilisée en thérapie, en coaching, en analyse de pratique, et d’autres formes d’accompagnement.

Elle a été développée par Frederick S. PERLS (1893-1970), psychiatre et psychothérapeute allemand, Ralph HEFFERLINE (1910-1974), professeur de psychologie et Paul GOODMAN (1911-1972), écrivain et chercheur universitaire. En France, la Gestalt a essentiellement été développée dans les années 1970 par Serge GINGER (1928-2011), psychologue et psychothérapeute.

Issue de la psychanalyse au départ, elle part du postulat que nous (l’organisme) sommes en contact avec l’extérieur (l’environnement), l’autre (organisme qui devient mon environnement) et qu’il se passe des choses entre deux, à la « frontière contact ».

Elle se base également sur la phénoménologie fondée par Edmund Husserl, et développée par, entre autres, Jean-Paul Sartre et Albert Camus, qui est l'étude des phénomènes externes (je vous vois froncer les sourcils, que se passe-t-il pour vous ?) ou internes (lorsque je vous entends dire cela, j’en ai des frissons) que l’intervenant nommera à son client pour susciter une réflexion ou conscientisation.

Les grandes bases de la Gestalt

Si la richesse de cette approche est telle qu’il serait impossible de la résumer en détail ici, tentons au moins d’en poser les grandes bases.

Le champ et la frontière contact

Le champ, pour résumer, c’est d’abord l’ici et maintenant, ce qui se passe entre l’accompagnant et l’accompagné. Nommer ce que j’observe (par exemple mon client me serre la main en entrant, commence à parler puis rit et dévie son propos sur des choses anecdotiques), lui permet de prendre conscience qu’il fait cela ailleurs et du coup, coupe le contact qui était en train de s’établir.

Visiter les 4 champs du client : l’ici et maintenant, l’ailleurs pas maintenant (son passé), l’ailleurs maintenant (son actualité), et l’ici pas maintenant (ce qui s’est passé lors d’autres séances) l’aide à faire des liens sur ses comportements récurrents (sa « façon d’être au monde ») leur origine et ses croyances. Et à trouver d’autres modes de fonctionnement.

La vision holistique

La Gestalt nous invite à appréhender la personne dans toutes ses dimensions :

  • la tête (le pôle rationnel : comment la personne pense, réfléchit) ;
  • le cœur (le pôle affectif et relationnel : comment sont les interactions avec les autres) ;
  • le corps (le pôle physique et matériel : comment vit la personne, comment elle prend soin ou non de son corps) ;
  • le monde (le pôle spirituel, métaphysique de la personne, ses croyances idéologiques, philosophiques, religieuses) ;
  • les autres (le pôle social et organisationnel : comment s’organise sa vie, ses liens sociaux, son temps).

Le cycle du contact

Nous entrons en précontact (je dis bonjour), puis en contact (je raconte), pour aller si tout va bien en plein contact (confiance réciproque et dévoilement) et terminer par le postcontact (nous résumons la séance en quelques mots, fixons la prochaine date et nous disons au revoir).

Mais ce cycle subit souvent des perturbations qui interrompent ce cycle :

  • la confluence : je fais un avec l’autre, dans une sorte d’osmose qui empêche mon individuation : le conformisme en est un exemple ;
  • l’introjection : ce que j’ai reçu comme informations « gobées » dans mon enfance (par exemple je crois que tous les « chefs » sont manipulateurs) ;
  • la projection : je donne à l’environnement la responsabilité de ce qui est chez moi, mon sel, ma façon d’être au monde (si je n’ose pas donner mon avis, c’est parce que mon N + 1 a une forte personnalité) ;
  • la rétroflexion : se retenir de dire, ou se faire à soi ce qu’on voudrait qu’on nous fasse (je me caresse la main en parlant) ;
  • la déflexion : je détourne ma colère contre mon N + 1 sur mon collègue ou sur moi-même, ou j’éclate de rire face à une question qui me touche.

Ces perturbations sont de simples mécanismes de défense, qui ont sans doute été utiles en leur temps : le coach va aider à « appuyer sur la touche reset », à actualiser ces mécanismes pour que le coaché puisse visiter le cycle du contact en entier, d’abord avec lui, puis en l’expérimentant dans sa vie.

L’awareness

C’est la prise de conscience globale du flux permanent de nos sensations physiques, nos idées, nos sentiments et l’attention à notre vécu interne (intéroception) comme à notre environnement, (extéroception) pour trouver le meilleur ajustement entre nos besoins et les possibles présents dans la situation, dans le champ. C’est une façon d’accéder au plein contact et d’apporter à l’autre un soutien inconditionnel…Essentiel dans la posture de l’accompagnateur, qu’il soit coach ou manager mais difficile à expliquer plus avant (sauf si vous côtoyez l’acteur Jean-Claude Van Damme qui dit souvent « be open, be aware »…Serait-il gestaltiste ?). Rassurez-vous, ça s’apprend et cela nécessite un peu d’entraînement, mais c’est d’une efficacité renversante !

Utiliser la Gestalt en individuel comme en groupe dans l’entreprise

Les notions que nous venons d’aborder sont tout à fait utilisables dans le champ de l’entreprise, dès lors que vous avez un cadre déontologique clair (accord des personnes sur votre accompagnement, confidentialité, ne pas basculer dans un travail thérapeutique en creusant l’anamnèse - l’histoire - de la personne, etc.), et que, bien entendu, vous vous êtes suffisamment formé à cette approche.

La Gestalt permet en entreprise de faciliter les relations, lever les tensions et conflits, créer davantage de cohésion et traverser les crises plus aisément. Elle aide également, grâce à son analyse globale des différents champs, à trouver une meilleure organisation et à optimiser les flux. Elle apporte aux individus un mieux-être au travail qui favorise leur motivation et leur performance.

Conclusion

Si la Gestalt, issue de la psychanalyse, a pu démontrer ses vertus thérapeutiques, elle s’applique aujourd’hui pleinement aux organisations qui ont pris conscience que la vraie richesse de l’entreprise est d’abord le capital humain. Elle apporte une vision humaniste et vivante qui s’ajuste parfaitement aux entreprises innovantes et aux nouvelles formes d’emploi qui émergent sur le plan sociétal depuis quelques années.