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L’optimisme est une incroyable force motrice en entreprise

Publié le par dans Motivation.

Si ce n’est pas une posture naturelle dans le monde français de l’entreprise, Catherine Testa est convaincue que l’optimisme est l’une des clés du développement et de la productivité économiques. Cette entrepreneuse a créé le site Loptimisme.com et publié le guide Osez l’optimisme (éd. Michel Lafon). Devenue une référence sur le sujet, elle est régulièrement sollicitée pour des conférences en entreprise.

Comment définiriez-vous l’optimisme, appliqué en particulier au monde de l’entreprise ?

Il faut en effet sans doute commencer par expliquer ce qu’est l’optimisme … et surtout ce qu’il n’est pas ! En France, c’est une idée très vite caricaturée. On imagine quelqu’un d’un peu gentil et naïf, qui voit la vie avec des lunettes roses. Or, ce n’est pas du tout cela. Pour moi, l’optimisme est une posture philosophique et un prérequis à toute action, que ce soit dans la vie personnelle ou professionnelle. C’est l’idée d’oser, de se lancer, et de se dire : « Au pire, ça marche… ». On m’a toujours dit que j’étais optimiste. Sans doute suis-je née ainsi mais, professionnellement, je n’avais pas d’autre choix que de l’être non plus. J’ai travaillé pendant 10 ans sur des thématiques, encore émergentes à l’époque, liées au développement durable et à la responsabilité sociale de l’entreprise. Or, quand on travaille dans l’innovation et que l’on explore de nouveaux territoires, on n’a pas d'autre choix que de voir le verre « à moitié plein ». Il faut y croire un minimum et oser des choses. C’est une des conditions pour réussir.

Catherine Testa

Comment sont nés votre site et vos conférences sur le sujet ?

Au début, c’était un projet et un pari purement personnels. Mon travail m’a amenée à vivre à New York et à naviguer dans la Sillicon Valley. J’ai été tout de suite frappée par la différence culturelle entre les États-Unis et la France. Aux États-Unis, on vous dira par exemple : « You take a chance. » que l'on traduit naturellement en français par… « Prendre un risque ». Or, l’optimisme passe par une « culture de l’échec » qui n’est pas valorisée en France comme outre-Atlantique. En France, j’entends : « Ça ne passera pas ! ». Aux États-Unis, on pense déjà au coup d’après car l’échec est valorisé comme une expérience enrichissante qui, normalement, permettra de réussir la fois suivante. C’est une vision positive sur le long terme. L'optimisme est une force motrice qui va nous permettre d'oser prendre des risques quel que soit le domaine. J’avais une belle carrière et j’aurais pu continuer dans ce métier. Cependant, je ne me sentais pas « alignée » sur mes convictions et j’avais envie d’agir au-delà de ma sphère. J’ai donc voulu créer un site qui ne parlerait que de bonnes nouvelles et de paris réussis pour donner l’exemple plutôt que de faire peur. J'ai quitté mon emploi pour faire une pause et prendre du temps pour moi et mon projet. Je voulais d'abord modestement écrire quelques articles sur le sujet et il y a eu un effet « boule de neige ». Sans le vouloir, je suis devenue une « influenceuse » sur ce sujet dont personne ne s’était vraiment emparé. Mon ancien réseau m’a suivie avec curiosité. Ils ont voulu voir si j’avais disjoncté ou si j’avais effectivement trouvé un vrai filon. Ils ont vite été convaincus. Ensuite, j’ai été contactée pour des conférences en entreprise, un livre, etc.

Quel est votre discours en entreprise ?

En général, je raconte simplement ce que j’ai vu et les résultats que j’ai observés aux États-Unis ou ailleurs. L’optimisme ne se décrète pas, surtout en France où notre éducation ne nous invite pas à sortir des clous et à foncer. Cependant, beaucoup de dirigeants comprennent vite qu’il faut s’emparer du sujet, d’une façon ou d’une autre. Certains le font déjà en cultivant l’intrapreneuriat. Permettre à un salarié de développer un projet personnel dans le cadre de l’entreprise relève de cette philosophie par exemple. L’enjeu économique est de libérer des énergies. C’est la même chose dans sa vie personnelle. Si toutes les personnes qui se mariaient analysaient le nombre de divorces, elles réfléchiraient à 2 fois ! Or, elles se laissent porter par une foi et une confiance en l’avenir et dans un projet de vie. C’est la même chose quand un entrepreneur crée une société ou quand il décide d’embaucher. C'est la posture de ceux qui font des paris sur la société de demain et leur réussite.

Vous prônez un management optimiste ? À quoi ressemblerait-il ?

Ce serait un management par la confiance. Il renvoie aussi à ce que l’on appelle le « principe de subsidiarité ». En politique, c’est une philosophie selon laquelle la responsabilité d'une action revient à l'entité compétente, c’est-à-dire la personne la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action. En entreprise, ce serait faire confiance à toute personne proche du terrain, avec une vraie expertise souvent sous-exploitée. Pour schématiser, ce serait par exemple dire, chez Décathlon, que la personne qui vend les balles de tennis peut décider de façon autonome comment les mettre en rayon ou communiquer sur son produit. Cela se rapproche un peu de l’idée du « management libéré ». Cela ne veut pas dire que c'est l’anarchie : c’est juste donner un peu d’autonomie pour libérer la créativité et restaurer la confiance. Cela passe par le dialogue et l'écoute. Un manager, soutenu par sa direction, doit apprendre à lâcher prise. Cela passe par des soft skills, c’est-à-dire des encouragements et de l’intelligence émotionnelle, encore trop peu développés en France. Et, surtout, il faut apprendre à manager et à ne pas stigmatiser l’échec : ne pas y voir une fin mais comme des leçons à tirer et une marche et un apprentissage vers une réussite prochaine…

L’optimisme peut-il se travailler ? Que faire face à un salarié « pessimiste » par exemple ?

L’optimisme se travaille mais il est quand même en grande partie inné. Ma conviction est qu’il ne faut forcer personne. Tout le monde n'a pas envie d'être optimiste ni de prendre des risques. Il n’y a pas de mal à vouloir rester dans sa zone de confort et c’est même recommandé dans certaines fonctions. Ma conviction est juste qu’il faut que les managers de proximité soient formés à cette question pour « donner les clés » à ceux qui sont plus ouverts sur ces questions. C’est une façon de fidéliser les salariés, de favoriser l’innovation et de booster sa productivité. L’enjeu est de permettre aux salariés, nombreux, dont la nature a été contrariée, d’oser et être plus heureux dans leur vie professionnelle.

Aujourd’hui, peut-on dire que votre optimisme a encore payé ?

Ce n’est pas toujours facile car sortir de sa zone de confort n’est jamais chose aisée, pour personne. Une partie de moi avait aussi très peur de commettre une erreur irréparable, de « casser » sa carrière, de se retrouver sans argent et d’affronter la solitude de l’entrepreneuriat. J’étais envahie de doutes, mais l’optimisme est aussi une gymnastique qui se travaille. J’avais envie de tenter l’expérience, de tester, d’innover… Au bout du compte, l’envie était supérieure à la peur et j’ai eu raison de prendre cette voie.