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Stress au travail : votre entreprise est-elle concernée ?

Publié le par dans Sécurité et santé au travail.

Vous avez constaté depuis quelque temps que les commerciaux n’étaient plus motivés, que la production était de moins bonne qualité, que les cas d’absence étaient plus nombreux et que, par-dessus tout, l’ambiance générale de l’entreprise n’était pas au beau fixe… Et si tous ces signaux étaient la manifestation d’un stress latent ?

On en parle de plus en plus. Le Gouvernement s’attaque au problème, les partenaires sociaux entérinent les préconisations européennes, les médias décortiquent avec délectation les cas de suicide au travail… Le stress au travail ne peut plus être ignoré.

Et si votre entreprise était concernée ? Comment le savoir ? Voici quelques éléments pour identifier le stress et le prévenir.


Le stress : qu’est-ce que c’est ?

Dans le monde du travail, il n’est pas toujours facile de trouver une solution lorsque l’on est face à une difficulté. La plupart du temps, les salariés parviennent à s’adapter à la situation, à faire face au problème, voire à prendre la décision de quitter l’entreprise. Mais il arrive parfois que le salarié ne trouve pas de réponse satisfaisante. Et c’est là que survient, sous différentes formes, le stress.

Stress d’un jour, stress toujours…

Le stress peut être aigu ou chronique.

Il est aigu lorsqu’il se manifeste de manière ponctuelle, lors d’un évènement particulier comme une présentation, un entretien annuel, une échéance à tenir, etc. S’il vous arrive de « mettre la pression » sur les salariés de temps à autre et que celle-ci est acceptée, pas de problème. Mais attention à ne pas généraliser cette pratique qui, dès qu’elle sera subie, engendrera du stress.

Le stress chronique est plus dangereux. Il est généralement le reflet d’une situation de travail contraignante à laquelle le salarié doit faire face de manière durable. Cette situation peut être à l’origine de pathologies graves (troubles cardio-vasculaires, TMS, dépression, etc.) favorisant parfois les accidents du travail.

Physique ou mental

On doit également distinguer le stress physique du stress mental, même si parfois les deux coexistent.

Le stress physique est la conséquence d’un travail harassant qui dépasse les capacités physiques, soit à cause d’une tâche trop lourde, soit à cause d’une constitution affaiblie (notamment en cas d’insomnie, de régime hypocalorique, de maladie, etc.).

Le stress mental est la conséquence de l’inquiétude due soit à l’environnement, soit à des difficultés personnelles dont l’aspect émotionnel a un effet dévastateur. Dans la sphère du travail, le stress peut survenir en deux circonstances, lorsqu’il y a déséquilibre entre :

  • les capacités d’un salarié et les exigences de sa tâche ;
  • les efforts qu’il consent à fournir dans son travail et les récompenses reçues en retour.


Mon entreprise est-elle stressée ?

En tant qu’employeur, vous devez être particulièrement attentif à la forme individuelle ou collective du stress dans votre entreprise.

En effet, le stress vécu par un seul salarié est généralement mis sur le compte d’une personnalité fragile. On a vitefait de penser qu’un autre salarié placé dans la même situation réagirait différemment. Attention toutefois aux jugements à l’emporte-pièce.

Mais si la situation de stress concerne plusieurs salariés, lorsqu’elle est vécue de manière collective, alors il faut vraiment s’inquiéter ! Il ne s’agit plus de fragilités individuelles, mais de difficultés de travail qu’il faut identifier, puis solutionner.

Attention à l’épuisement professionnel !
 
Le burn-out (« s’éteindre ») est la dernière phase du stress. Si la situation stressante se prolonge, les capacités énergétiques de l’organisme s’épuisent.
 
C’est un épuisement physique, mental, émotionnel qui s’accompagne d’un désintérêt profond pour le travail (voire pour toutes les activités) et de la dépréciation de ses propres résultats.

Selon l’INRS, il a d’abord été repéré dans des professions d’aide, de soins ou de formation (médecins, infirmières, enseignants, travailleurs sociaux, etc.), mais il peut concerner d’autres professions.
 
Il ressemble beaucoup à la dépression, mais reste cependant et principalement lié au travail. Il présente les symptômes du stress, mais avec des problèmes psychiques et des pathologies plus graves. 



Comment le stress se développe-t-il ?

Le stress crée des problèmes physiques et psychiques de santé et induit des modifications de comportement au travail (et au domicile) qui dépendent des individus.

Vos salariés vont alors manifester un certain nombre de symptômes :

  • insomnie ou difficulté de réveil le matin ;
  • sensation de fatigue persistante ;
  • crises de larmes, de nerfs ou d’angoisse ;
  • inquiétude et irritabilité accrues ;
  • pertes de mémoire, de concentration ;
  • douleurs sans raison apparente, notamment maux de tête, vertiges ;
  • perte d’appétit ;
  • isolement social ;
  • recours à des produits calmants et/ou excitants (médicaments, mais aussi tabac, alcool, drogues, etc.).


S’il n’est pas facile d’identifier le stress pour une personne, vous pouvez tenter de le faire à l’échelle de l’entreprise. L’INRS distingue cinq grandes catégories de facteurs professionnels à l’origine du stress.

Catégories de facteurs professionnels  Evènements susceptibles d’entraîner une situation de stress
Facteurs liés au contenu du travail à effectuer
  • trop ou trop peu de travail, rendement, contrôle des temps, masse d’informations à traiter
  • précision, qualité, vigilance
  • monotonie, absence d’autonomie, répétition, parcellisation
  • travail avec fortes demandes émotives
  • risques inhérents à l’exécution même de la tâche
Facteurs liés à l’organisation du travail
  •  confusion dans les fonctions et les responsabilités
  • imprécision des missions confiées
  • absence de contrôle de la répartition et de la planification des tâches
  • contradiction entre les exigences du poste
  • inadaptation des horaires de travail aux rythmes biologiques, à la vie sociale et familiale
  • flux tendus, polyvalence
  • contrat précaire, sous-traitance
  • changement d’organisation
Facteurs psychosociaux liés aux relations de travail 
  •  manque d’aide de la part des collègues et/ou des supérieurs hiérarchiques
  • management peu participatif, autoritaire ou déficient
  • contradiction dans les instructions
  • absence de reconnaissance du travail accompli
Facteurs liés à l’environnement physique et technique
Bruit, température, humidité, éclairage, espace, présence de matériaux dangereux
Facteurs liés à l’environnement socio-économique de l’entreprise
  • forte compétitivité, mauvaise santé économique, restructurations
  • incertitudes sur les objectifs de la direction



Les conséquences du stress

Si les conséquences du stress sur le salarié sont indéniables (mal-être, dépression, voire suicide), celles qui pèsent sur l’entreprise sont également très lourdes et s’évaluent en termes financiers.

Si vous avez identifié une situation de stress dans votre entreprise, ou tout simplement si vous la soupçonnez, vous pouvez tenter d’évaluer le coût des différents points suivants :

  • absentéisme, accidents du travail ;
  • turn-over en augmentation, difficultés à recruter de nouveaux salariés ;
  • baisse de la productivité, dysfonctionnements, malfaçons ;
  • démotivation des salariés, dégradation du climat social ;
  • etc.


Vous serez ainsi en mesure de prendre conscience de l’ampleur du stress et de mettre en place des solutions pour y remédier.

Attention :
Votre responsabilité pourrait être mise en cause dans l’hypothèse d’une situation de stress aux conséquences graves (accident du travail ou suicide). En tant qu’employeur, vous avez une obligation légale de préserver la santé et la sécurité de vos salariés. Et la santé mentale en fait partie.


Comment tenter de limiter le stress ?

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, rappelons au préalable qu’il est plus facile, et donc plus efficace, de modifier l’environnement que de modifier les réactions des personnes stressées.

Vous pouvez commencer par récolter de nombreuses informations :

  • analysez le rapport annuel du service de santé au travail et n’hésitez pas à multiplier les contacts avec le médecin en charge de votre entreprise afin d’avoir des indications globales quant à la santé de vos salariés ;
  • consultez régulièrement les représentants du personnel, voire les salariés eux-mêmes concernant l’ambiance de travail, les relations sociales, etc. ;
  • étudiez les données relatives aux ressources humaines (absentéisme, turn-over, etc.), ainsi que votre taux d’accident du travail ;
  • examinez régulièrement vos données commerciales afin d’identifier les problèmes de production (produits défectueux en plus grand nombre, clients insatisfaits, etc.).


N’hésitez pas à envisager la prise en charge individuelle des salariés concernés lorsque le niveau de stress est très élevé (formation à la gestion du stress individuel, techniques de développement personnel, formations spécifiques pour gérer des relations avec le public, etc.).

Cependant, une démarche de prévention collective est indispensable, notamment parce qu’elle sera plus efficace dans le temps. Vous pouvez par exemple intégrer cette démarche dans votre évaluation des risques que vous consignerez chaque année dans le document unique d’évaluation.

N’hésitez pas à y associer l’ensemble de vos salariés, de vos responsables d’équipe, à les sensibiliser au problème afin qu’ils participent, eux aussi, à l’identification et à la prévention du stress. La mise en place d’un groupe de travail peut être utile. Vous pouvez également évaluer le climat social de votre entreprise grâce à notre questionnaire.

Enfin, il existe de nombreux organismes qui pourront vous guider dans votre démarche, au premier rang desquels l’INRS et votre caisse d’assurance maladie. N’hésitez par à leur demander conseil.


H. Soulas