Droit du travail & RH

  1. Accueil
  2. Actualités

Actualités

Formation professionnelle

Les RH, clé du succès de la nouvelle réforme de la formation professionnelle ?

par

Après celle du droit du travail, arrive la réforme de la formation professionnelle, liée à celle de l’apprentissage et de celle de l’assurance-chômage. Changement de gouvernance, évolution du financement, simplification du versement des cotisations, élargissement du CPF… voilà pour les points les plus relayés et qui nécessitent encore des précisions sur les mesures de mise en œuvre. Mais le point saillant, celui qui aura le plus d’impacts est indiscutablement la disparition d’incitation à former dans les entreprises. Quelles conséquences cela aura-t-il sur l’employabilité de nos collaborateurs ? Qu’attendront-ils des services RH dans ce contexte ?

Une modification du financement loin d’être anodine

Les contributions formation serviront à financer les dispositifs aidés dont le CPF et ceux à destination des demandeurs d’emploi. Ce que l’on appelle encore le plan de formation, obligation légale visant à développer les compétences des collaborateurs de l’entreprise, deviendra donc un effort de formation que les entreprises seront libres d’engager… ou pas.

Pour Claire Pascal, directrice générale de l’organisme de formation Comundi, le texte actuel gagnerait à faire évoluer ce point : « La réforme de 2018 qui vient contrebalancer les mesures de flexibilisation du marché du travail portées dans les ordonnances Macron s’inscrit dans la droite ligne de celle de 2014. Se focalisant sur la formation dans sa dimension individuelle et d’accompagnement des parcours professionnels, elle néglige cependant l’accompagnement et l’incitation des entreprises à investir dans les compétences de leurs collaborateurs. Les dispositifs de mise en œuvre seront décisifs pour en faire un levier efficace et équilibré tant au service des entreprises que des actifs. »

Parmi les leviers envisagés la mise en place d’un crédit d’impôt fait figure de favori.

Le CPF : un dispositif essentiel de la réforme

Le pari de cette réforme est que les salariés prendront leur parcours professionnel en main via le CPF. Ce dernier n’est à ce jour que très peu utilisé. Pour y remédier, le texte de cette réforme promet une ouverture des listes, permettant ainsi d’élargir les thématiques éligibles au CPF. La mise à disposition d’une application sur smartphone a, elle, pour objectif, de rendre chaque salarié totalement autonome puisque chacun pourrait, sans intermédiaire connaître ses droits, choisir une formation, s’y inscrire et enfin la payer. Dès lors, le CPF fera-t-il encore partie des outils de la politique de la formation des entreprises ? Avec le concours des RH, cela semble possible…. et souhaitable.

Le développement des compétences ne sera donc plus le fait exclusif de l’entreprise mais une responsabilité confiée au collaborateur lui-même. Cela suppose que le collaborateur ait une vision claire de son parcours professionnel. Mais alors comment faire coïncider les besoins nécessaires d’évolution des compétences dans l’entreprise avec les souhaits de formation des collaborateurs ? Par exemple, si les salariés d’une entreprise de bâtiment privilégient des formations au digital, est-ce là une compétence recherchée par l’entreprise elle-même ? Le rôle des RH sera là aussi décisif.

Le rôle des RH demain

La formation professionnelle vit sa 4ème réforme en 20 ans et le rôle des RH sur ce pan essentiel de leurs missions a déjà fortement évolué vers une dimension de moins en moins administrative et de plus en plus stratégique. Avec cette nouvelle réforme, nous aurions tout à gagner à renforcer encore cet aspect stratégique.

Forts de leurs connaissances en matière d’évolution des métiers, les RH sont des interlocuteurs de choix. En effet, les salariés trouveraient à travers eux des conseils et de l’accompagnement quant aux formations à privilégier, en cohérence avec leur parcours professionnel. Favoriser la co-construction serait bénéfique à la fois aux salariés et aux employeurs, d’autant plus enclins dans ce schéma à encourager l’utilisation du CPF sur les heures de travail.


Sortir de la vision très individuelle de cette nouvelle réforme constitue donc une condition essentielle pour que la formation professionnelle en entreprise demeure le meilleur moyen de rendre l’emploi durable. Gageons que les discussions actuelles quant à la mise en œuvre de cette réforme sauront évoluer dans ce sens.

Vous souhaitez interagir ou commenter cette tribune ? Nous vous invitons à exprimer vos réactions sur Linkedin.