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Comportements à risque des salariés : que faire pour être entendu ?

Publié le par dans Sécurité et santé au travail BTP.

Les croyances, la culture d’entreprise et différents paramètres sociaux influencent fortement la conduite à risque au travail. Vous remarquez sans doute certains comportements incompréhensibles chez des salariés se refusant à respecter des règles de sécurité. Comment agir ?

Comprendre les origines du comportement à risque

Face à une situation stressante, le salarié adopte une réaction pour affronter, modifier ou pour gérer son émotion et ses doutes. Mais si ces stratégies psychologiques n’atteignent pas l’objectif fixé, la situation est perçue comme insurmontable et peut amener le salarié à adopter une stratégie de résignation.

Dans les métiers particulièrement exposés au danger comme le BTP, on retrouve souvent des stratégies de défense collective chez les salariés : des attitudes de défi du danger. Ils ont tendance, pour trouver la force de faire face au danger au quotidien, à le banaliser, voire à le provoquer. Ces « stratégies de défense », inconscientes le plus souvent, sont généralement associées à la virilité car elles reposent sur le déni du danger, de la peur et de la vulnérabilité. Elles peuvent entrainer un sentiment de contrôle exagéré par rapport au pouvoir réel de la personne, ou une tendance à se croire moins exposé que les autres aux accidents.

Si rester vigilant face à de tels comportements demeure indispensable, se limiter à la réprimande du non-respect des consignes n’est pas toujours suffisant.

Répondre à la prise de risque du salarié

Les salariés n’ont pas toujours une représentation réaliste du risque.

Non-conscience du risque « La prise de risque fait partie du métier »

Si la perception du risque est exagérée, les travailleurs peuvent avoir une inhibition du comportement de protection, contrairement aux attentes. Ils le banaliseront pour se donner du courage et faire face. L’appel à la peur et la dramatisation ne sont pas toujours efficaces sur les postes les plus dangereux. Il est essentiel de donner un sentiment de contrôle au travailleur en lui expliquant concrètement les risques encourus, pourquoi et comment les éviter. Prenez le temps de documenter les nouveaux employés et prévoyez leur un temps de formation sur les risques et les règles de sécurité. En cas d’accident, proposez des temps de discussion sur ses causes pour éviter que l’incident ne se reproduise.

Illusion d’expérience « Je travaille toujours ainsi. Ça peut vous paraître dangereux mais ne vous inquiétez pas : ça fait 20 ans et je n’ai jamais eu le moindre accident »

N’hésitez pas à trouver des contre-exemples concrets et à argumenter. Vous connaissez des personnes expérimentées qui respectent les règles de sécurité, valorisez-les. Vous en connaissez aussi qui ont eu des accidents. Parlez-en en réunion ou à la pause-café. Surtout, expliquez comment ils auraient pu être évités.

Imitation du comportement « Personne ne le fait »

Cette prise de position est courante notamment au sein des équipes soudées. Initiez le comportement exemplaire en favorisant un dialogue à ce sujet dans les équipes, posez des questions « naïvement » lorsque les salariés sont en petit comité pour les pousser à se remettre en question sans se sentir accusé. Restez à l’écoute des arguments exposés avant de les contredire.

Fatalisme « Si ça doit arriver, ça arrivera » ou Illusion de justice (l’évènement est perçu comme mérité, impression que ça n’arrive qu’aux autres) « La roue tourne »

N’oubliez pas que de tels discours révèlent un sentiment de perte de contrôle face au risque, soyez prêt à rassurer, ramenez à la réalité par un discours rationnel.

Biais de supériorité ou sur-confiance « Je ne risque pas d’avoir un accident, je connais mon métier »

La tendance à se croire plus habile et plus apte à faire face aux risques que l’individu moyen est parfois liée au besoin de démontrer son savoir-faire. Valorisez et encouragez un discours associant les compétences et le savoir-faire à la sécurité. Assurez-vous que le sentiment de reconnaissance est fort au sein des équipes, et qu’ils s’encouragent également entre eux dans cette même direction.

Contraintes ergonomiques « Je ne vois pas l’intérêt. Pourquoi porter un casque si je suis sur un toit ? »

Pour respecter des règles contraignantes, le travailleur doit connaitre concrètement les bénéfices et les risques liés à ces contraintes. Expliquez plusieurs fois si besoin les raisons de la mise en place de ces règles afin de donner du sens à ce comportement perçu comme contraignant.

comportements à risques illustration

Contraintes de temps « Je n’ai pas le temps »

Il appartient au responsable d’équipe de favoriser la qualité et la sécurité à la prise de risque : rendre les EPI accessibles, ergonomiques, le temps de travail approprié. Si le travail prescrit par la direction est trop éloigné de ce qui est réellement réalisable, les transgressions vont se multiplier. Restez vigilant et, si ces prises de risque, même minimes, se multiplient, tentez d’en comprendre les raisons en interrogeant les salariés.

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Elsa Saint Clair Syme